Interview du restaurateur de la fresque

Lumière sur la chapelle

La fresque de la chapelle, représentant les principaux épisodes de la vie de Saint-Louis de Gonzague, a été réalisée en 1935 par le peintre Henri de Maistre, directeur des Ateliers d’Art Sacré de 1925 à 1947. Elle est classée à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

La fresque a été restaurée cet été par une équipe de l’atelier ARCOA (Atelier de restauration et de conservation d’objets d’art)

 

Interview de Jean-Sylvain Fourquet, directeur de l’atelier ARCOA – Jeudi 14 octobre 2021

Françoise Dumazy (pour la Fondation JES-Franklin) : Pourriez-vous nous présenter en quelques mots l’atelier ARCOA ?

Jean-Sylvain Fourquet : L’atelier a été fondé en 1970 par deux amis, anciens élèves de l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris. Je les ai rejoints en tant qu’employé en 1986. Après quelques années de collaboration, je me suis associé avec eux et en 1997, lorsque les deux fondateurs ont atteint l’âge de leur retraite, j’ai pris la direction de l’atelier. Aujourd’hui nous comptons 25 collaborateurs opérationnels et 5 encadrants et administratifs qui travaillent pour l’atelier ARCOA.

L’activité principale de l’atelier ARCOA est la Conservation et la Restauration de peintures murales monumentales, classées au titre des Monuments Historiques. Elle se divise en deux grandes familles : les peintures murales d’époque médiévale d’une part, les grands décors et peintures des XVIIIiéme, XIXiéme siècle d’autre part. Il nous arrive également et assez fréquemment d’intervenir sur des décors peints contemporains du XXiéme siècle.

Nos collaborateurs se déplacent partout en France ; nous intervenons essentiellement dans des églises, des châteaux, des demeures richement décorées et des édifices de sites institutionnels. Nous restaurons des peintures murales représentant des scènes historiées et figuratives, des fresques ou des toiles marouflées (toiles peintes par des artistes en atelier puis collées sur des murs, assez typiques du XIX iéme).  Nous avons également une activité plus sédentaire en atelier, de Conservation / Restauration de tableaux de chevalet et de statues polychromes (supports bois et plâtre).

En résumé, nous nous intéressons surtout aux épidermes, aux couches peintes de polychromies et dorures d’objets mobiliers.

FD : Parlons maintenant de la fresque de la chapelle de Franklin, que votre équipe a restaurée cet été. Combien de personnes ont travaillé sur la fresque ? Quel travail cela a-t-il représenté?

JSF : Nous avons été consultés parmi d’autres ateliers de restauration et notre proposition technique et financière a été retenue par les représentants du lycée Franklin et la Maîtrise d’œuvre du chantier. Afin de respecter les engagements calendaires du chantier, nous avons dû rapidement organiser un planning d’intervention, durant cette période des congés scolaires d’été. Une équipe de trois personnes est intervenue pendant tout le mois d’août. L’architecte a réceptionné les résultats de nos travaux sur la fresque en ce début du mois de septembre, l’échafaudage a été retiré et le décor peint du chœur de la chapelle a été recouvert provisoirement d’une bâche transparente, de protection jusqu’à la fin du chantier. Notre équipe reviendra sur site, faire des ajustements de retouches picturales en décembre, notamment après la pose du lambris central et de la mise en œuvre de l’éclairage définitif.

FD : Pouvez-vous nous rappeler les caractéristiques d’une fresque ? Dans quel état était la fresque de la chapelle ?

JS F : Le mot fresque vient de l’italien « fresco » (frais) ; en effet nous parlons de fresque lorsque l’artiste peint sur un enduit frais (mortier de chaux encore chargé d’humidité). Après avoir déposé les pigments à l’aide de son pinceau sur l’enduit frais, il y a ce qu’on appelle un  phénomène de carbonatation : durant le processus de séchage les sels minéraux de la chaux aérienne viennent emprisonner les pigments. Grâce à cette technique, les fresques peuvent avoir une durée de vie de plusieurs siècles.

Concernant la fresque de la chapelle de Franklin, nous avons constaté un encrassement généralisé de l’épiderme et quelques chocs, accidents, épaufrures, liés aux passages humains, à proximité des murs peints. Mais elle n’a pas du tout été vandalisée ; elle a été très bien respectée !

FD : En quoi consiste le travail de restauration ? Quelles sont les principales étapes de votre intervention ?

JSF. : Nous pouvons parler de 4 principales phases dans le processus de restauration de la fresque.

Phase 1 : le diagnostic. Nous examinons la peinture de près et en détail, nous repérons et enregistrons les chocs, les accidents et toutes les pathologies liées au vieillissement prématurés ou pas de l’œuvre. Nous établissons une cartographie des désordres avec toutes les problématiques à prendre en compte et définissions un protocole d’interventions techniques des travaux à envisager. Ce protocole est soumis à l’approbation de l’architecte qui lui-même se réfère à des organismes scientifiques tels la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles).

Phase 2 : la conservation. Nous procédons au dépoussiérage, au nettoyage de l’œuvre, nous corrigeons les accidents divers et variés, nous rebouchons les trous, refixons les soulèvements accidentels de la couche colorée. Jusqu’à ce que l’œuvre soit prête pour les travaux de restauration picturale.

Phase 3 : la restauration. Nous sortons pinceaux, palettes, pigments et démarrons le travail de remise en couleur au droit des reprises d’accidents. Nous travaillons exclusivement à l’aide de pigments naturels et à l’aquarelle. Pourquoi l’aquarelle ? Parce que c’est une technique qui présente une grande capacité de réversibilité. Si dans quelques années, il apparaissait un décalage chromatique de l’œuvre par nos retouches, les futurs restaurateurs pourraient revenir et traiter à nouveau la couche colorée. La gamme chromatique des restaurateurs de peintures murales est limitée à 12 couleurs d’aquarelle ; uniquement des pigments naturels. Quant à la difficulté de retrouver la bonne teinte de l’œuvre et d’ajuster au mieux nos retouches, nous traitons  les accidents, avec une analyse qui privilégie d’avantage la valeur de la couleur que la couleur elle-même.

Phase 4 : l’examen final et les ultimes retouches. Dans le cadre de cette campagne de restauration de la chapelle, à la veille de l’achèvement des travaux, nous interviendrons afin d’apporter quelques derniers ajustements, notamment autour du lambris bois qui sera posé en partie basse et centrale de la fresque.

L’objectif est bien sûr de mettre en valeur l’œuvre, qu’elle puisse retrouver sa présentation initiale et sa facture originelle. Dans notre métier, un critère de réussite qui caractérise le bon achèvement de nos travaux est qu’à la livraison du chantier, le spectateur ne voit rien d’apparent sur notre travail…

 

 

 

 

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